vendredi 24 janvier 2014

La fête au bouc [Roman]

Suite à mon billet présentant le livre Les trois sœurs et le dictateur, une lectrice, Olive O Saumon, m’a parlé de ce roman traitant du même sujet : le régime de Trujillo en République Dominicaine et ses atrocités. 




De plus cela faisait longtemps que je voulais lire Mario Vargas LLosa, grand écrivain péruvien qui a reçu le Prix Nobel de la littérature en 2010.

Ce livre est déroutant. Au départ j’ai eu quelques difficultés à me repérer.
Tout commence avec Urania, 49 ans, avocate exerçant à New York, qui revient en vacances une semaine à Saint Domingue. Elle n’a pas remis les pieds sur l’île depuis 35ans. Elle a tout quitté à 14 ans pour faire ses études aux États Unis. Elle revient au chevet de son père, mourant, alité. Ce dernier était un proche conseiller-ministre du chef Trujillo avant d’être mis sur la touche. Il a voué sa vie à plaire au Chef.
Urania est une femme active, secrète, froide, très froide, qui ne laisse aucun homme entrer dans sa vie. Célibataire elle travaille sans relâche, c’est sa première semaine de vacances depuis toutes ces années. Elle redécouvre St Domingue 35 ans après, ses rues, sa chaleur, son ancienne maison… Elle replonge dans son passé, non sans angoisses et terreurs.
Sa cousine qui était sans nouvelles depuis toujours ne sait que penser, Urania finira par se confier à elle et à sa tante.
On assiste au fur et à mesure des chapitres qui lui sont consacrés à une plongée dans la vie, le cœur de cette femme meurtrie. Ces chapitres représentent la partie la plus romancée de ce livre, j’étais dans l’attente des révélations, Mario VARGAS LLOSA dépeint ses sentiments à la perfection, c’est extrêmement bien écrit, il rend Urania bouleversante.

En alternance avec elle, des chapitres présentent Tujillo. On le suit. De son rituel au réveil au petit matin au coucher avec des femmes différentes rien n’est laissé de côté. L’auteur a fait un important travail de recherches dans les archives du pays pour livrer un roman aussi documenté, aussi riche en références historiques. On croise tous ces conseillers de l’époque, il est parfois complexe de suivre, ignorant totalement l’existence de ces protagonistes avant la lecture de ce roman. Trujillo est dépeint comme il était : un être immonde fait de haine, sans cœur et extrêmement violent. Incontinent, souffrant de la prostate il devient de plus en plus aigri  au fil des chapitres qui lui sont consacrés. On apprend comment il a géré le pays, de la prise de pouvoir de toutes les entreprises du pays, des milices assurant le massacre de ses détracteurs. Il vouait une haine féroce aux Haïtiens, il est responsable de la mort de milliers d’entre eux. On apprend aussi à quel point certains membres de l’Eglise l’insupportaient. Il avait un contrôle sur tout et tout le monde. Déçu par sa descendance officielle il profitait des femmes de tous. Il les aimait rondes, jeunes. Il n’avait aucune limite, il passait des soirées avec des mineurs aidé par ses conseillers.
Ces chapitres demandaient beaucoup de concentration pour ne pas se perdre entre les différents hommes de l’époque. Trujillo était un dictateur, tyran, sans âme qui détestait aussi les Etats Unis et ne tolérait aucun contre pouvoir, mouvement dissident sur son île. Ces chapitres sont très informatifs sur une période de l’histoire que je ne connaissais absolument pas.

Trujillo est mort assassiné en 1961. En alternance avec Trujillo et Urania on suit les membres anti-trujillistes responsables de son attentat. Ces chapitres retracent le cheminement de ces hommes, comment ils ont organisé ce meurtre, 7 hommes dans deux voitures. Certains étaient des proches de Trujillo, tous déçus par ce dernier qui avait fait enfermer un frère, interdire un mariage… Une route, la nuit, à la sortie de la ville de Ciudad Trujillo il fut cruellement assassiné. A travers les différents chapitres qui sont consacrés aux organisateurs de l’attentat on apprend à les connaître, on découvre leur motivation, leur leit motive, ces hommes sont tous déterminés à changer les choses, au péril de leur vie.

Chaque détail est soigné, on croise des centaines de personnages, nous sommes immergés dans la tête, la vie, la mégalomanie de Trujillo. Mario VARGAS LLOSA présente dans ce roman un régime fait de barbarie et de tortures, on ne peut que regretter que tous les faits relatés ne tiennent pas de la fiction mais relèvent d’un passé relativement récent. Un roman historique, difficile à lire mais qui reste exceptionnel par le travail d'investigation mis en œuvre. Les qualités d'écriture de Mario VARGAS LLOSA  rendent ce roman prenant.


La fête au bouc
Mario VARGAS LLOSA
Folio 

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2 commentaires:

  1. Vargas Llosa est un écrivain que j'aime beaucoup et pourtant je ne connaissais pas ce titre ! Je note le titre, d'après la description que tu en fais , cela devrait me plaire !

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    Réponses
    1. Je veux bien d'autres titres "validés" par tes soins s'il te plaît!

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